
Le sable a comblé le trou
Quand on cherche où un menhir a été extrait, on cherche un trou dans la terre.
Une trace mystérieuse
C'est en sautant sur une grosse boule de granit que j'ai observé une chose étonnante.
J'allais examiner les petits rochers qu'on y avait dégagés, espérant y trouver un
morceau d'outil ancien. Il n'y avait rien d'intéressant.
Mais en regardant le champ tout autour, j'observai à une vingtaine de mètres une zone plus claire.
qui contrastait avec l'humus brun du reste du champ qui venait d'être ensemencé.
La zone était plate comme tout le champ.
Ne pas trouver de trou, mais trouver du sable et des gravillons,
voilà presque la preuve qu'un menhir a été extrait de ce champ!
En effet, la pierre faisait 60 ou 80 tonnes. Une fois enlevée, on imagine qu'il restera un
grand trou, assez volumineux pour rester visible au moins partiellement pendant des siècles.
Mais si on se pose la question de savoir comment on a pu soulever les 80 tonnes,
la réponse est évidente: on a soulevé et extrait le menhir en le remplaçant par du sable.
Et du sable, il en a fallu beaucoup, 20, voire 30 tonnes, peut-être plus.
Le feldspath
J'ai voulu montrer à des archéologues l'emplacement du sable dans la terre.
Ils ont été bien rapides nos amis archéologues pour (dé)classer le dossier.
"Cette pierre n'est pas la même que celle du menhir qui a des grains de feldspath rose"
J'ai donc été voir tous les rochers du secteurs en cherchant des "grains roses" de feldspath
dans leur structure.
Des grains roses ici et là à Plouguin
A Plouguin l'église a été à moitié faite avec un granit de Kerlumbars, le secteur des menhirs,
et a moitié avec un granit sans grains roses. Les 2 roches n'ont pas été mélangées et se
côtoient, soigneusement disposées.
Le viaduc ferroviaire de Kerhuon a lui aussi été fait de granit à grains roses de Plouguin,
mais prélevé plus au sud de la commune (Kernavéno, Balaren)
Quand on va examiner les blocs de granit de Plouguin, on est surpris de leur variété.
Même parmi les blocs "à grains roses", on observe des grains de taille et de coloration
différentes.
Le menhir de Lannalouarn est fait de grains roses plutôt larges et peu colorés.
Au milieu d'autres types de grains roses, on retrouve bien des roches identiques
à celle du menhir autour du site d'extraction présumé.
Le feldspath, c'est le minéral rose qui donne sa couleur aux fameux rochers de la "Côte
de granit rose". On en trouve aussi près de chez nous puisqu'il a donné une belle couleur
au granit de Lanildut qui a été utilisé à Paris pour installer l'Obélisque, Place de la Concorde.
Je n'avais jamais remarqué que notre granit de Plouguin avait lui aussi des grains roses.
La carrière de sable

Il a fallu 20 à 40 tonnes de sable pour soulever le menhir ?
Mais où trouvaient-ils ces matériaux ?
Il n'y a pas de reste de carrière proche.
Il y a une petite rivière à 200 ou 300 mètres au sud.
On peut imaginer qu'en jetant de la terre dans l'eau, le ruisseau pouvait laver
cette terre et restituer des grains de pierre.
Au début du dégagement de la pierre, on devait sans doute la tailler pour améliorer
sa forme. ces matériaux pouvait sans doute être utilisés (et sont sans doute au fond du trou).
On y jetait aussi sans doute tout un tas de choses: tessons de poterie brisée, outils en pierre cassés,
restes alimentaires osseux ou coquillages, fragments de cordes ou de tissus usés.
Mais pas de canettes de bière
Des fouilles archéologiques seraient peut-être instructives sur la vie d'autrefois ?
Arbres et forêt
Pour compléter l'étude du site mystérieux dans le "champ des menhirs", il faut
ajouter 2 choses
- La présence d'arbres solides indispensables comme point d'attache pour hisser
le rocher.
- La capacité des hommes à faire des cordes très solides. Un arbre poussant dans nos région
a une écorce permettant ce genre d'artisanat: le tilleul

Le tilleul est un arbre fort aimable, il nous donne des boissons agréables avec ses fleurs.
Il nous donne aussi son écorce. Je l'ai découvert en voulant casser une branche
de tilleul, la branche s'épluchait au lieu de se casser de façon nette.
Intermède

Différents modes de déplacement ont été imaginés pour déplacer d'énormes charges:
A l'île de Pâques ont a imaginé de faire "marcher" les statues.

On a aussi imaginé des déplecements en différents balancements partiels ou totaux.

Le temps
Combien de temps faudra t'il pour amener la pierre en haut de la colline,
une question qu'on ne se pose pas.
La relation au temps qui passe n'est pas la même qu'aujourd'hui.
Il y a les saisons, la journée, le temps de faire une hache ou de couper un arbre.
Le temps de raconter une histoire ou de chanter un refrain.
Le temps d'aller au polissoir ou à la mer.
Et puis un rythme étrange qu'on peut percevoir au poignet, le coeur.
Extraction

En trouvant le lieu d'extraction du menhir, je me suis dit qu'il manquait une chose là où
la pierre de 80 tonnes avait été prélevée: un énorme trou.
Je ne pense pas que la pierre ait été prise dans une carrière, je pense même qu'elle était profondément enfouie.
Le problème est simple: si la pierre est à moitié enfouie, il faut la soulever d'un mètre environ.
Si elle n'est enfouie qu'au tiers, il faut la soulever de 66 cm environ.
Voici un schéma de l'installation pour extraire un menhir.
On a creusé un trou à côté, on a préparé un grand tas de sables et de graviers.
On a préparé des cordes en écorce de frène.
Grâce aux arbres, on va installer des cordes.
Le plus logique ce sont des cordes accrochées (a et b) à des arbres à 1 mètre de hauteur,
et attachées juste au dessus de la pierre que la corde chevauche légèrement.

La pierre n'est pas soulevée, elle est juste basculée.
Pour perdre le minimum de force, les cordes seront fixées sur le dessus de la pierre
puis attachées à des arbres proches.
Combien d'hommes
Rapidement, une question s'est posée à moi:
Combien d'hommes fallait-il pour mobiliser des pierres de 80, voire 100 tonnes et les
hisser sur la colline ?
On imagine des centaines d'hommes tirant sur des cordes, les cordes étant attachées
à des traineaux sur lesquels reposent les lourdes charges.
Premier problème: comment mettre 80 tonnes sur un traineau ?
Deuxième problème: faire un traineau assez solide. Au delà de 30 tonnes,
il semble que ce soit impossible. Par ailleurs il faudra trainer le poids du traineau en
plus de celui du menhir.
Là, j'ai dû choisir: des dizaines, voire des centaines d'hommes? Ou seulement
15 ou 20 hommes, juste ceux d'une tribu, des hommes qui se connaissent bien
aiment travailler ensemble, s'entendent bien?
Je choisi cette solution (qui me parait la plus probable) et permet de supprimer
toute notion de chef, roi, dieu, prêtre ou esclave.
Des "copains" qui se retrouvent le samedi matin (les autres jours il faut bien "gagner sa vie")
comme d'autres vont au foot ou faire du VTT ensemble
Et les femmes ? elles ne tirent pas ?
Non, je ne crois pas. Ce n'est pas que ce soit un truc de mecs, non, mais tout simplement
elles ne sont pas disponibles.
Beaucoup sont enceintes, et celles qui ne sont pas enceintes ont 1 ou 2 marmots dans les bras.
Elles regardent amusées les hommes bander leurs muscles et rient avec eux des blagues qu'ils
font. Elles se moquent aussi un peu, mais sont quand même plutôt admiratives
On peut y arriver avec 15 ou 20 hommes
Je choisis 20 hommes. Sont ils capables de déplacer les pierres de 80 tonnes et de les hisser
sur la colline ?
Je pense que oui, il suffit d'imaginer des techniques adaptées.
Mais il faut 2 choses
- Une colline couverte d'arbres, une forêt.
- Du temps, peut-être des dizaines d'années
Est ce le menhir qui compte le plus finalement?

Prétexte, c'est le nom de ce menhir
Pendant 20 ou 30 ans, une petite équipe d'hommes vont s'atteler à une tâche incroyable.
Ils vont travailler ensembble, vivre ensemble, s'amuser ensemble, s'aider et parfois
se chamailler. Ils vont y trouver un certain plaisir. Leur unité, leur fraternité
va beaucoup leur plaire, c'est leur vie.
Qu'est ce qui compte le plus à leurs yeux, toutes ces années de leur jeunesse
à travailler à un projet immense dont ils ne verront pas tous la fin, ou la présence
à la fin d'un rocher (inutile ?) dressé en haut de la colline ?
Levier horizontal

Pour ramasser le bois mort, nos ancêtres avaient certainement découvert la
puissance du levier horizontal.
On prend une grosse branche, on la place dans un arbre fourchu et se met à 3 ou 4
pour la briser et pouvoir ainsi la transporter et l'utiliser.
Ce levier horisontal est facile à adapter pour déplacer une lourde charge.
C'est une première technique possible pour déplacer un rocher, elle peut
être utilisée pour faire rouler une charge.

Traction latérale

La traction latérale sur une corde très tendue développe une force insoupçonnée.
Le calcul de ces forces montre qu'un tireur en "A" pourra développer la même force que 5 ou 10
tireurs qui tireraient directement sur la corde tendue "B"
Le schéma peut représenter un véhicule embourbé. Un homme seul sera assez fort pour
le tirer au sec.
Et pourquoi ne pas utiliser le principe de l'arc ?
Les meilleurs arcs sont fabriqués en if ou en frène.
Nos ancêtres avaient développé dans ce domaine des compétences extraordinaires.
Leurs arcs avaient une puissance à la limite des possibilités de l'époque.
Otzy, l'homme des glaces a été retrouvé avec un arc en if.
Arc en if ou en frène

Voici un montage fait avec un tronc d'if faisant fonction d'arc.
Si on positionne un arc derrière un arbre, attaché par une extrémité à une charge à déplacée,
et que 10 hommes tendent l'arc en tirant sur l'autre côté, tendant ainsi l'arc,
puis l'attachent à la charge, on s'aperçoit que les 10 hommes peuvent être "libérés",
alors que la force de 20 hommes continue à s'exercer sur la charge.
Les 10 hommes peuvent alors poser un deuxième ou un troisième arc, ou alors utiliser
d'autres cordes ou des leviers.
Menhir bossu
La pierre ne sera pas bien ronde, elle pourrait rouler dans la pente
On tire profit de sa bosse, mais on sait aussi mettre devant elle des roches qui la feront "basculer"
facilitant ainsi sa progression.

Zig-zags
Le chemin le plus court n'est pas possible.
Quand la pente devient trop forte, on progressera en zig-zags.
Il suffit de changer un peu l'orientation de la pierre en tirant
sur ses extrémités et de partir dans l'autre sens.

Rotation de la pierre:

C'est ici qu'on va le dresser
Arrivés en haut de la colline, il faudra dresser la pierre, donc tirer vers le haut.
Plus question de roulement
Les forces seront considérables,
il faudra beaucoup plus de forces, beaucoup plus d'hommes
Ce sera aussi l'occasion de faire une grande fête
Il y a des forces cachées dans les arbres et les branches.

Il y a des forces cachées dans chaque branche.
En octobre 2023 une violente tempête balaya la Bretagne.
Des arbres furent abattus.
En les coupant, on les voyait parfois se redresser brutalement.
Une force immense étaient cachée dans les troncs, ne demandant
qu'à se libérer.
Il y a une force énorme dans chaque branche.
Mais on peut encore l'augmenter en tirant sur les branches avec des cordes.
Pour l'érection finale du menhir, les arbres, les cordes, les arcs pouvaient et devaient être utilisés. Mais je pense qu'il était nécessaire de creuser une fosse où on pouvait basculer la moitié de la pierre, ce qui la dressait déjà un peu et facilitait son érection. D'ailleurs, je pense qu'on en a un exemple à Plourin, à côté du menhir debout, il y en a un autre à moitié couché. Il n'a peut-être jamais été dressé, mais sa position laisse penser qu'il n'est pas tombé car sinon, il serait bien à plat.
On peut imaginer des tas de raisons: une épidémie de rougeole a décimé le groupe, perte de motivation, luttes intestines dans la tribu, ou alors une tempête a brisé ou déterrer les arbres indispensables.
L'intelligence artificielle
J'ai demandé à Bling, l'intelligence artificielle, d'illustrer le déplacement des menhirs
par les hommes du Néolithique.
Je voulais que cela se fasse en forêt, comme à l'époque.
