
Une question, comment a t'on dressé le menhir de Lannalouarn ?
Et si j'allais voir de plus près.
Je suis monté observer le menhir sur sa colline.
La pierre est en granit, couverte de lichen.
Je l'ai examinée de près, elle comporte des gros grains roses pâles de feldspath.
Les géologues disent qu'elle fut prélevée à plus d'un kilomètre de là, de l'autre côté de la rivière.
J'irai voir si on observe cette roche là bas.

0La colline
Le menhir est en haut de la colline. De tous les côtés de grands champs d'herbe.
Au sommet, la pente n'est pas très raide, c'est même plutôt plat.
Plus loin au sud-ouest elle s'accentue quand même et le sol descend
de plusieurs dizaines de mètres vers la vallée de la rivière, le Garo, qui passe
en bas mais qu'on ne voit pas.
Il a fallu hisser la pierre sur cette pente.
Difficile à imaginer.

Aujourd'hui, la colline de Lannalouarn est déboisée. Il faut imaginer une forêt.
La forme du monolithe
Je me suis un peu reculé pour observer la pierre dressée.
Une chose retient mon attention, évidente.
Le médecin observe une forme de suppositoire
Un militaire parlerait d'une forme d'obus, alors qu'un gars du sud y verrait
la forme d'un ballon de rugby.
Ce qui me frappe, c'est que la pierre n'est pas seulement effilée vers le ciel,
mais que la partie basse et la partie enterrée sont aussi effilées.
C'est d'ailleurs tellement effilé qu'il a fallu la caler avec d'autres rochers.
Quelques notions de temps
Le calendrier de Mme Paulson est assez précis, mais il y a des trous.
- 1000 Arrivée des Celtes (Bretons)
- 2000 L'Age du Bronze, Tumulus, premiers métaux. (étain + cuivre)
- 4200 Premières haches polies de Plussulien
- 4700 Premières datation de mégalithes en Bretagne (Dolmen)
Donc, si on veut aller plus loin, il faut estimer une date pour l'apogée des menhirs du secteur
Puis estimer une date pour le début de l'exploitation de le sillimanite à Plouguin sans doute
suivie par l'érection des premiers menhirs.
Je pense que si on date vers - 5000 l'époque des grands menhirs, on aura - 5500 environ
pour le début des haches en fibrolite de Plouguin
"La fibrolite de Plouguin est chronologiquement le premier matériau employé pour façonner des outils
d’abattage dans l’Ouest de la France. Elle est déjà présente sur les sites de la péninsule armoricaine
appartenant à des phases récentes de la culture de Villeneuve-Saint-Germain (autour de 4800-4700 avant notre ère).
On la retrouvera pendant tout le Néolithique avec les productions tardives de Kermovan".
En me retournant vers la faible pente, j'imagine ce qu'on montre habituellement.
Lors d'une fête, de nombreux amateurs ont voulu redresser un menhir couché à Plabennec.
Ils ont posé la pierre sur un traineau en bois et se sont mis, nombreux, à tirer
sur des cordes pour trainer la pierre au milieu d'un champs très plat, vers le trou préparé
un peu plu loin pour la recevoir.
Il y a quelque chose qui ne va pas! Ce n'était certainement pas comme ça qu'ils faisaient!
Le menhir fait entre 5 et 6 mètres de haut. La partie enterrée doit faire un mètre.
C'est une grosse pierre homogène assez régulière un peu aplatie.
Il semble épais de 2 mètres environ et large de 2 mètres cinquante à 3 mètres.
Il présente un "dos" plutôt plat et une bosse de l'autre côté.
Il doit peser plus de 50 tonnes, sans doute 70 ou 80.
Il n'y a pas de traces de sculptures, pas de peinture. Le temps a enlevé toutes traces qui auraient été
mises sur le menhir.
Même la trace laissée par un bulldozer vers 1965 a disparu.
(Un zigoto qui rasait les talus avait entrepris de le mobiliser...)
Le temps a érodé la pierre pendant 7000 ans, peut-être 8000. Difficile de dire quelle quantité de
pierre manque aujourd'hui au monolithe d'autrefois ? Quelques kilos ? Plusieurs tonnes ?
Notre époque aime bien se montrer, s'afficher, se singulariser.
Les couleurs, les noms, les marques, il faut être vu, reconnu.
Le menhir ne montre que lui-même.
Rouler ou trainer ?
Mettre la pierre sur un traineau en bois (comment faire ?), tirer la charge sur le plat grâce
à de nombreuses équipes accrochées à des cordes, puis la monter peu à peu sur les pentes de la colline,
cela paraissait bien compliqué. Une solution plus simple m'apparut rapidement: il fallait
faire rouler la charge, ne pas la porter, ne pas la trainer.

Les efforts déployés étaient forcément très importants. Il ne fallait pas perdre des quantités d'énergie
considérables et seul le roulement de la pierre permettait cela.
Je regardais de nouveau la pierre.
J'imaginais son sourire moqueur devant les hésitations des hommes modernes.
J'avais déjà observé des hommes manipulant d'énormes barriques.
Le menhir a une forme de barrique aurait dit un vigneron!
La forme de la barrique permet de manipuler l'objet et de le faire tourner
facilement.



J'imaginais les hommes de la préhistoire attachant des cordes
aux deux extrémités de la pierre. Voilà une façon de la faire pivoter,
de la faire tourner, de le faire virer.
J'imaginais le parcours du menhir contournant la colline
pour affronter des pentes plus faibles.
Et si on faisait 3 fois le tour pour faire durer le plaisir ?
Outre sa forme effilée en fuseau (ce qu'aurait remarqué une tisserande), le menhir présentait
deux arêtes bien régulières. Ce n'était pas une pierre brute extraite d'une carrière.
On avait soigneusement travaillé la pierre pour obtenir un effet remarquable.
On avait semble t'il voulu en faire un beau monument.
Un beau monument d'un côté, avec un "dos" plat, plutôt régulier
Mais une bosse de l'autre côté ?
Finalement, on parlera plutôt d'un dos bossu, s'opposant à une belle façade
bien lisse, bien travaillée. Mais cette bosse, elle était peut-être voulue car utile pour progresser ...?
Quand on observe les plus beaux menhirs de la région, ceux de Plourin, de Porspoder,
et de Kerloas à Plouarzel, on est frappé par leur aspect "fini". Leur forme est régulière,
bien travaillée, plutôt lisse.
Contrairement à beaucoup d'autres pierres plus ou moins difformes, on a l'impression d'observer
l'appogée du travail des menhirs. Un art arrivé à la perfection.
Le menhir de Lannalouarn semble moins bien fini, plus primitif, plus antérieur ?

Il y a eu autrefois au moins 5 menhirs à Lannalouarn.
Sur les représentations anciennes de la colline, on peut observer 2 autres menhirs plus petits.
Ils n'ont pas des formes aussi régulières, on a l'impression d'objets plus primitifs encore.
C'est comme si peu à peu on faisait des objets plus beaux, plus lourds, peut-être en concurrence
avec d'autres tribus ?
Les outils
Pour donner une forme régulière au menhir, il fallait des outils.
A 1 kilomètre au sud-ouest, j'apercevais les maisons de Kerlumbars. C'était de là que provenaient
les menhirs de Lannalouarn, c'est là qu'ils avaient été prélevés.
Des outils! Pour mener à bien leur tâche, il leur avait fallu des outils, de nombreux outils en pierre
sans doute. Les outils en pierre ne disparraissent pas comme cela. Même usés, ils persistent
dans le sol pendant des milliers d'années.
Les travaux agricoles peuvent parfois les faire réapparaitre à la surface du sol, mais il faut
un oeil attentif pour reconnaitre un percuteur ou un burin en quartz.

Percuteur. On a peu de chance de retrouver ce genre de petit outil.
Mais était-ce suffisant pour "raboter" les irrégularités des rochers ?
La pierre, origine
Mais au milieu se trouvait la vallée du Garo, une profonde tranchée d'une quarantaine de mètres de profondeur.
Cela parraissait bien compliqué et même impossible, mais l'énorme pierre que j'observais était bien
venue de là.
Comment nos lointains ancêtres avaient-ils réussi un tel exploit ? Et pourquoi ? Qu'est ce qui avait poussé des hommes
démunis à entreprendre une oeuvre aussi improbable et de renouveler l'exploit plusieurs fois ?

Un viaduc sur le Garo ?
Première grande surprise
Quand je suis allé du côté de Kerlumbars, je pensais observer les rochers qui s'y trouvent
épars, espérant y trouver de gros blocs arrondis évoquant d'énormes percuteurs destinés à briser le rocher.
Imaginer que le travail se faisait avec des petits burins en quartz me laissait dubitatif.
Un travail répétitif de cette ampleur aurait entrainé rapidement des lésions musculaires
et tendineuses sources de douleurs importantes. "Aïe, mon coude !"

Je n'imaginais pas en arrivant sur le site ce que je trouverais moins d'une heure après
Le polissoir

Je n'imaginais pas en arrivant sur le site qu'une heure après, je serais en possession
d'un gros polissoir en granit dont la fonction allait me laisser bien perplexe.
La pierre avait été déposée au milieu du champ cultivé sur une de ces énormes boules
granitiques éparses qui indiquent d'ailleurs l'endroit qu'on peut nommer "le champ des menhirs".
Elle était recouverte de terre et le cultivateur qui l'avait dégagée là n'avait sans doute
pas remarqué sa forme concave et son aspect lisse sur une face.
Le polissoir étude

Ce que j'appelle "polissoir" est une grande pierre d'une trentaine de kilos.
Une de ses faces a servi d'outil, il a servi à polir de la pierre.
La pierre présente une concavité dans le sens de sa longueur, par contre
dans l'autre sens, elle est nettement convexe.
Il ne peut s'agir d'une meule à blé car le grain glisserait sur le côté.
Ce n'est pas non plus une pierre pour fabriquer des haches polies, la forme
ne convient pas à cet usage.
Il reste l'hypothèse d'un fragment de pierre de seuil. En fait, la zone polie est trop creuse
et trop régulière pour cela. De plus, quelques semaines plus tard, retournant sur le site,
j'ai trouvé une autre partie de ce polissoir. La largeur totale est alors insuffisante pour
une pierre de seuil.
Par ailleurs le poids des 2 blocs réunis n'empèche pas un retournement de l'outil, qui peut
ainsi être utilisé pour frotter de la roche, le poids devenant alors un atout.
Un rocher mal découpé

J'ai également remarqué, à proximité, un rocher qui a été découpé.
Mais il semble que la pierre n'ait pas été découpée "proprement".
Est ce un travail du Néolithique avec un matériel archaïque ?
Il serait intéressant de creuser un peu autour...
Ici, on pourrait imaginer un travail de "levier" pour extraire la partie manquante
Recherches sur l'internet

Une des premières idées qui vient à l'esprit pour savoir comment on a taillé
puis déplacé les mégalithes est d'interroger Google.
On n'y trouve pas grand chose, juste quelques idées aussi banales qu'imprécises:
"Le menhir était taillé avec des burins en pierre".
ou:
"On utilisait un traineau en bois pour déplacer les mégalithes"
Ces suppositions sont sans doute dûes au manque d'outils retrouvés ou à l'interprétation
erronée qu'on a fait de ceux qui ont été ramassés ici ou là.
L'archéologue officiel ne publie que ce dont il est sûr, en évitant d'aller contre
les idées dominantes de ses confrères
L'amateur que je suis peut raconter n'importe quoi (j'évite) et ainsi faire avancer.
la question.
L'intelligence artificielle
Le travail des polisseurs de haches à Plouguin vu par l'intelligence artificielle.
