Anne-Marie Soulcié

Pastels et peintures à l'huile

Anne-Marie Soulcié est née à Béziers le 10 Août 1948.

Le concept de « passeur » s’est imposé à moi au fil de lectures qui traitent de celui-ci. Lié à sa terre, sa cabane et au fleuve qui le transporte, l’homme est passeur de culture par le lien qu’il instaure avec l’autre. Il doit faire preuve de maîtrise pour que la mouvance des flots ne déstabilise pas son embarcation. Le maniement de sa rame, alerte malgré les péripéties des multiples roulis, doit conduire d’un point à un autre sa cargaison avec doigté, circonspection et sécurité. Le retour est prévu dès le départ ainsi que sa trajectoire immuable. Ce passeur-là n’explore pas l’univers mais la petite distance. Il ne sait que rarement ce qu’il passe mais est le garant d’une certaine avancée, si courte soit-elle, de la richesse inhérente à toutes ces rencontres engendrant quelques bribes de dialogue. L’utilisation du pastel permet le passage, sans rupture, du dessin à la couleur, de l’effacement à la précision grâce à la diversité de tons de ses bâtonnets. Immédiateté et promptitude accompagnent un état somnambulique autorisant tous les possibles où l’imagination fertile trouve une place de choix. S’abandonner à la fantaisie et s’amuser des rencontres que suscitent les fragments d’images naissants, permettent l’état singulier de tout rêve éveillé. Cette disposition, en s’éloignant obligatoirement du réel, de son temps, permet la distance nécessaire pour rétablir le contact avec soi-même et de s’en rapprocher au plus près.

Anne-Marie Soulcié

Anne-Marie Soulcié à la Maison des Arts de Bédarieux Art...Vue, février-mars 201

Entrer dans l'univers d'Anne-Marie Soulcié, c'est s'abstraire du quotidien, pénétrer dans un univers à la fois primitif, onirique et poétique où il arrive aux couleurs de s'estomper autour des lignes selon les lois de la perspective aérienne. Il s'agit souvent de visages ou de têtes de profil, aux traits accentués, assez éloignés de tout naturalisme, parfois de silhouettes poussées jusqu'au grotesque voire à la monstruosité. Leurs vêtements, leurs coiffes, parfois leur attitude, connotent l'exotisme, certes pas de pacotille, au contraire, réduit à l'essentiel, au plus profond, plutôt lié à l'accentuation du voyage en territoire inconnu. L'espace d'une subjectivité, d'une expression mentale et d'une communication singulière des images rendues compossibles dans notre esprit. Le tableau devient ainsi un lieu de passage : de l'expression à la communication, du monde interne à celui de la vision, du réel à son exploration culturelle. C'est en ce sens qu'il faut interpréter cette métaphore du "passeur", empruntée à Flaubert mais que l'on trouve aussi chez Yves Bonnefoy (les planches courbes de sa barque) et qui se prête à de multiples interprétations. Le tableau est en effet un lieu de passage, une transition entre deux êtres, entre deux mondes. La plupart des visages regardent sur le côté, semblent désigner les limites du cadre, se reconnaissent en cet espace qui les fait naître, le seul lieu qu'ils puissent habiter : leur univers. Anne-Marie Soulcié n'a pas la vocation d'explorer le monde entier. Son projet est microscopique, à courte distance. La relation qu'elle entretient entre le spectateur et le tableau lui suffit, par l'intermédiaire des personnages qui sont également des passeurs, intérieurs à l'espace qu'elle organise de manière pleine, flamboyante et hiérarchisée. Le passeur extérieur est, selon toute apparence l'artiste. Car nous ne sommes pas ici dans de la peinture automatique, chaque être, amorce de paysage, signe ou référence à un objet, est à sa place sur le plan du peint. Le pastel estompe les contours, façon habile de passer d'un élément à un autre et donc de décloisonner la surface, ce qui donne une linéarité et une unité à ce monde intérieur, extériorisé par l'exposition. Dès lors, soutenus par l'unité de l'ensemble, les êtres et choses peuvent donner une impression de flottement, voire d'apesanteur. C'est qu'il n'est point de gravité dans l'espace du rêve. Comme dans ce dernier, tout détail fait signe ou symbole. Chaque tableau devient ainsi une énigme à déchiffrer, à interpréter, et l'on croit repérer, dans tel tableau, une référence discrète au sphynx, celui qui tue et que l'on tue par la parole. Le tableau est certes silencieux mais il peut délier les langues. Les formats sont mesurés, à échelle humaine, ce qui favorise la communion avec l'autre. Ils suscitent de plus en plus d'intimité au fur et à mesure qu'ils se réduisent, qu'ils se rapprochent de l'envergure de la main, celle qui justement travaille, de l'autre côté du réel, et qui se tend comme une langue pour mieux communiquer avec nous. Le trait souligne les ombres, le mouvement, anime la surface. Dans cette exposition, des dessins et une huile viennent compléter cet hommage au véritable passeur de cette histoire : le pastel, manipulé par l'artiste, et les effets magiques qu'il favorise.

Le regain d'intérêt actuel pour la peinture en France ne doit point nous faire oublier qu'un certain nombre de réfractaires ont résisté à son rejet durant les décennies les plus intransigeantes, et qui aujourd'hui mériteraient que l'on prenne en considération leurs recherches obstinées, exécutées dans la discrétion. Anne-Marie Soulcié aura produit ainsi une oeuvre exigeante. D'autant qu'elle peut se revendiquer de plusieurs atouts : elle emprunte aux cultures primitives qui ont enrichi notre champ de représentation, et par là même, elle vise à l'universel ; elle s'épanouit dans une certaine osmose tant formelle que culturelle (les peintres viennois du XX° et l'art traditionnel africain ou du Maghreb, la stylisation japonaise), et rejoint ainsi la fascination actuelle pour l'hybridité fois ; enfin, elle ne se satisfait pas des images convenues et conventionnelles et vise à renouveler notre approche du portrait. Le recours à des masques, au profil plutôt qu'au frontal, la déformation des visages témoigne d'une quête intérieure, sinueuse, aventureuse, qui vise à retrouver l'autre, celui qui diffère de nous. Ainsi, cette oeuvre acquiert-elle une dimension symbolique. Dans les dernières toiles à l'huile, l'horizon se complexifie, les plans se multiplient comme des miroirs qui réfléchissent, la face et le profil ne font plus qu'un. La logique n'est plus respectée comme dans le rêve, plus exactement le tableau impose ses lois, sa logique intrinsèque. Les propositions sont étranges, déroutantes, exotiques et pourtant, par leur format, elles semblent proches de nous, comme si les créatures voulaient communiquer avec nous. Comme s'il s'agissait d'un de nos portraits potentiels. C'est sans doute ce qui fait leur particularité : la symbiose.

Le regain d'intérêt actuel pour la peinture en France ne doit point nous faire oublier qu'un certain nombre de réfractaires ont résisté à son rejet durant les décennies les plus intransigeantes, et qui aujourd'hui mériteraient que l'on prenne en considération leurs recherches obstinées, exécutées dans la discrétion. Anne-Marie Soulcié aura produit ainsi une oeuvre exigeante. D'autant qu'elle peut se revendiquer de plusieurs atouts : elle emprunte aux cultures primitives qui ont enrichi notre champ de représentation, et par là même, elle vise à l'universel ; elle s'épanouit dans une certaine osmose tant formelle que culturelle (les peintres viennois du XX° et l'art traditionnel africain ou du Maghreb, la stylisation japonaise), et rejoint ainsi la fascination actuelle pour l'hybridité fois ; enfin, elle ne se satisfait pas des images convenues et conventionnelles et vise à renouveler notre approche du portrait. Le recours à des masques, au profil plutôt qu'au frontal, la déformation des visages témoigne d'une quête intérieure, sinueuse, aventureuse, qui vise à retrouver l'autre, celui qui diffère de nous. Ainsi, cette oeuvre acquiert-elle une dimension symbolique. Dans les dernières toiles à l'huile, l'horizon se complexifie, les plans se multiplient comme des miroirs qui réfléchissent, la face et le profil ne font plus qu'un. La logique n'est plus respectée comme dans le rêve, plus exactement le tableau impose ses lois, sa logique intrinsèque. Les propositions sont étranges, déroutantes, exotiques et pourtant, par leur format, elles semblent proches de nous, comme si les créatures voulaient communiquer avec nous. Comme s'il s'agissait d'un de nos portraits potentiels. C'est sans doute ce qui fait leur particularité : la symbiose.

 

Bernard Teulon-Nouailles 

Bernard Teulon-Nouailles

Valser avec l’histoire des arts

  Les oeuvres d’Anne-Marie Soulcié s’inscrivent dans une approche très ouverte où de nombreuses références s’interpénètrent. En reprenant le titre de son exposition, Viennoises, immanquablement apparait un panorama culturel autrichien, allant de Robert Musil (littérature et inachèvement) à Sigmund Freud (psychanalyse et exploration), en passant par la Sécession viennoise (Sezessionstil) avec Gustav Klimt (peinture et élaboration), sans oublier une personnalité plus récente comme l‘inclassable créateur polymorphe Friedensreich Hundertwasser (1928-2000) et ses spirales magnétisantes.

  Cette riche sélection conduit à une déstructuration contemporaine des images qui convoquent le rêve et la suspension du temps au travers d’une mise en scène d’un monde intérieur mouvant. Certaines oeuvres optent pour une porosité certaine, tandis que d’autres jouent sur un cloisonnement plus structuré. Pour les premières, un effet psychédélique entre en action dans un enchevêtrement de têtes et de corps. L'explosion chromatique générale semble également s’inspirer d’un art africain caractérisé par une profusion de couleurs éclatantes et variées. Pourtant toutes ces représentations et abstractions se situent sur le même plan, désignant ainsi la puissance onirique de la démarche. D’autres œuvres, tout en conservant également leur part de rêve, se trouvent construites sur des canevas plus distincts. Des visages souvent imposants heurtent des éclats de paysages, des constructions plus ou moins identifiables se mélangent avec des objets malicieux et incongrus. Des réminiscences de l’enfance de l’artiste apparaissent au détour de la toile, mais transformées, sublimées en quelque sorte par la peinture. Des animaux étranges, et parfois des représentations mythologiques comme celle du dieu égyptien Thot, glissent devant nous. Remarquons aussi des plages plus sombres qui mettent en valeur les mosaïques colorées en un jeu d’apparitions et de disparitions.  

 Anne-Marie Soulcié  a ainsi composé un opéra pictural où les pièces d’un puzzle mental se trouvent assemblées au gré de son imaginaire. Pour en revenir à Vienne, du moins à une certaine Vienne, évidemment quelque peu fantasmée, l’artiste a rejoint ce vaste courant onirique qui va d’un Romantisme fantastique jusqu’aux nouvelles technologies utopistes et écologistes. Pourrions-nous enfin envisager la rencontre fortuite d’un croissant (de Lune ?) avec Le soleil sous la peau ?

Skimao

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