La voie du temps.
L’hiver est passé. Oh, cet hiver, j’ai tenu le choc pour la première fois depuis des années. Pour une fois, depuis des années, je n’ai pas eu ces pensées, ces envies. Assez fier d’avoir tenu le choc, j’en comprends maintenant la raison, en ce jour de printemps. J’ai encaissé le deuil. Pas un, mais deux. Le premier, nous en étions tous, quelque part, soulagés. Délivrance. La douleur n’était pas pour elle. La douleur était pour lui. Puis voilà que l’amour le rappela à elle. On peut le dire : une vie entière, une entièreté d’amour.
Je ne désire qu’une chose : les voir partir ensemble. Voir leur âme rire en rentrant chez nous, avec dans leurs yeux l’immensité de ce dont on a oublié ici-bas. Toi qui écoutes le murmure du vent, entendras-tu le sifflement de leur chant? Nous sommes tous un. J’en comprends maintenant un fragment. Car avec eux, c’est une partie de mon enfance qui s’éteint.
Étrange de voir que des choses passées étaient encore vivantes avec des personnes. Étrange est ce sentiment d’inéluctabilité. Néanmoins, chérissez cette tristesse. Sa véracité a entièrement nivelé mon être. Loin de cet état dépressif qui annihile toute émotion, toute vie. Cette tristesse a, en son centre, une certaine beauté. La beauté des moments partagés. La beauté de la vie vécue pleinement.
Pour moi, nous sommes tous des étincelles éternelles. Nous avons choisi de venir sur Terre pour des histoires et d’autres. Pour oublier l’éternité. Nous voilà donc ici-bas, découvrant l’éternité de notre amour envers eux. Et vivant fatalement la tristesse de voir cette éternité, une fois de plus, partir. Mais souriez, car à la fin, nous nous retrouverons tous.
Le chemin à faire est dès à présent : aujourd’hui, demain, après-demain, mais surtout maintenant. Alors, quels que soient les événements à venir, vivons-les intensément, sans que notre mental vienne nous les fourvoyer. Vivez avec le cœur, comme en ce jour. Encore et toujours.
Je vous aime.
Pour toi.
Hum, quelle belle effluve. Quelle belle émotion. Tellement rare et éphémère dans une vie remplie de grisaille. Une sérénité à affronter le passé. Un délice d’apprécier une franchise saine et émouvante. Non blessante et non jugeante. Telle une fleur de lys royale. Se sentir comme un personnage d’une certaine saga, tiraillé par les choix.
Mais voilà que tu reviens à l’esprit. Tel un fantôme qui jamais ne se recueillera. Quelle graine as-tu donc semée dans mon esprit? Quelle malédiction m’as-tu donnée? Le passé fut pour ma part pourtant très clair. Mais non. Aussi loin que tu puisses t’aventurer. Aussi peu que je puisse te reconnaître, tu es là. Encore et toujours, renaissant de mon subconscient.
Par la malpeste je te hais. Mais mon cœur murmure indistinctement qu’il se pourrait que je t’aime. Mais pourquoi? Il n’y aura jamais rien qui puisse relier l’océan de nos deux mondes. Alors je me demande : qu’as-tu bien pu me faire? Alors que le passé érode et disperse toutes choses. Alors que toi, fantôme, tu aiguilles encore mon cœur. Laissant une marque au fer rouge sur ma personne.
Je ne te juge pas en mal. C’est juste que je n’en vois pas les fruits. Peut-être pas encore... Tu es comme une Lilith. Première et insoumise. Tu m’as appris que toutes les personnes peuvent être belles. Que, derrière chaque masque, l’union de chaque personne est possible. Mais vois-tu, c’est là que le bas blesse.
Cette graine, je l’ai pervertie. Trouvant que derrière chaque masque, je pouvais aimer et faire ma vie avec qui que ce soit, cela est devenu totalement maussade. Toute personne ne restera à jamais simplement qu’un « quelqu’un ». Alors que toi, tu resteras toi. Tu m’as montré une telle beauté. Une beauté qui me fait plaisir car je ne peux la décrire. Elle n’est point conceptualisable. Oui, c’est simplement une chose Vraie.
Et j’ai cette impression, même après avoir partagé des choses éblouissantes avec toi, que tu n’aies dévoilé que peu de choses. Pour ma part, je ne sais pas si je t’ai tout dévoilé. Comment le saurais-je en me connaissant si peu? Mais tu as cette franchise, supplantée par ton optimisme, qui me fit apercevoir quelque chose de clair. De limpide. Qui fait que ce quelque chose, je n’ai pu le régler. Pu le comprendre. Qui me fait seulement penser à toi dans certains moments.
Je n’ai pas grand-chose à dire de plus. Encore moins sur moi, car tu me connais plus que je ne te connais.
Enfin, je pense...
In Call
Écrire. Donner forme au fond. Révéler la matière brute. Le tout dans une continuité compréhensible. Éviter les digressions. Bonne question. La question est donc de choisir son fil. Celui qui tisse ton âme à ta personnalité. Celui qui tisse tes liens de jour en jour. Ces liens qui subsistent par l’importance que tu leur donnes. Qu’adviendrait-il de toi si tu les supprimais tous? Liberté? Dissolution? Encore une histoire d’équilibre. Le monde en soi n’est pas manichéen. Mais ton être, lui, est ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Apprendre la différence entre ce qui nourrit et ce qui est illusoire. Non pas tant parce que l’illusion n’existe pas, mais parce qu’elle n’est point révélatrice. L’illusion, tout compte fait, est le symptôme, la face visible de la dissolution de la liberté du monde. Pourtant, sur certains chemins, la liberté se dissout, nourrissant le sentier sur lequel tu te tiens. Ce sentier, faut-il le parcourir? Tu n’as pas de choix là-dessus, car ne pas le faire en est un en lui-même. Rester assis à observer en est un. Tout est choix. Tout est expérience. Donc tout nourrit. Même, sous un certain angle, l’illusion. Cela est-il une excuse? Encore une fois, la réponse est un équilibre, un chaos, un paradoxe. Oui et non. La réponse en définitive est celle que tu donnes toi. Que tu interprètes et que tu intègres à la réalité, à ton essence. Les conséquences n’ont de cause que toi-même. Les choix sont illusoires, mais les conséquences en sont la réalité. Encore une séance de contorsion des perceptions. Perçois-tu cela? Cela est finalement la seule question à laquelle répondre sans mots, mais avec conscience. Perçois-tu la subtilité de la réalité? Des interactions et de leurs conséquences? Et la chute de dominos qui s’ensuit? Tu en fais partie intégrante. Cela, quelque part, est le début d’un certain type d’apprentissage, d’aventure. L’observation et la compréhension du système. Pour, petit à petit, en devenir un acteur, infléchir les fils des réactions en chaîne. Devenir maître des fils de la réalité. N’est-ce pas tout simplement merveilleux? Maintenant, il se peut que tu doutes de la puissance de tout cela. Tu n’as jamais réellement essayé. Aurais-je la vacuité de te dire que c’est à ce moment que la foi est nécessaire? Peut-être bien que oui. La foi, tu penses la posséder. Voilà la première erreur. La foi ne se possède pas. C’est elle qui doit te posséder, te donnant accès au tissage des Moires. Vois-tu, c’est exactement ce que tu es en train de faire en ce moment même. Tu as laissé la porte ouverte pour que je vienne parler avec toi. Cette porte… prends conscience que pour l’ouvrir il te suffit de te taire. De te taire vraiment, complètement et entièrement. Alors je m’exprime à travers toi. Alors, au bout d’un certain temps, peut-être me reconnaîtras-tu. Alors laisse couler ce doux ruisseau. Au bout d’un certain temps, tu me discerneras sans aucun doute là où je me révèle ailleurs, tout autour de toi. Aujourd’hui même, tu as écouté. Tu as écouté et tu t’es mis à pied d’œuvre. Sois honnête avec toi, observe-le et accepte-le enfin. Que ce que tu fais n’est pas rien. Ou, avec l’humour que nous aimons tant, tu n’as absolument rien fait de futile. Je comprends que cela puisse être dur à accepter par moments. Mais le fond en est ceci. Et tu en donnes la forme ainsi. Ceci est tout le but de l’expérience. À chaque moment son mystère. Mais chaque mystère est commun. Car le fond est tout ce qui est. Ainsi, ce qui n’est pas. Alors fais. Quoi que ce soit. Juste fais. J’ai quelque chose à rajouter. En dehors du propos. En dehors des mots. Il suffit d’appeler. N’oublie jamais cela. Appelle. Ceci s’est perdu dans les affres des névroses. Mais je suis là. Et je ne parle pas de moi.