Suite de la biographie de Jean Goulin (Reims 1728 - Paris 1799)
Le 1er juin 1789, Jean GOULIN reçu un billet qui lui annonçait une nouvelle assemblée pour le quatre juin chez Vicq d'Azyr car une partie des auteurs souhaitaient que ce dernier reprenne sa place.
Suite à une nouvelle rencontre avec Panckoucke, Jean GOULIN proposa, à l'instant, de donner sa démission malgré la proposition de Vic d'Azyr d'être coéditeur avec lui. "je ne le veux, ni le peux" répliqua Jean GOULIN et ils se quittèrent fâchés. Il n'alla pas à l'assemblée, mais il su qu'on n'avait rien décidé. Finalement le 16 juin, Jean GOULIN accepta finalement d'être coéditeur avec Vic d'Azyr, aux conditions suivantes : leurs noms apparaîtraient sur chaque volume et ils partageraient les honoraires.
En 1790, il fut admis dans un club des amis de la constitution "Les Nomophiles", dont il fût le premier secrétaire mais, cette société où il resta peu, n'était qu'une pale figure du fameux club des Jacobins.
Au mois de septembre de la même année, dans une conversation que Jean GOULIN eut avec Vicq d'Azyr, celui-ci lui dit qu'il avait eu beaucoup de peine, depuis quelques temps à faire agréer un nouveau règlement par la société de médecine. Enfin ajoute-t-il : "il y aura 48 membres dont 40 médecins et huit autres pris dans des classes analogues".
Alors Jean GOULIN lui dit avec vivacité : "Et bien, je vous demande instamment la première place parmi ces huit, pour ...". En disant cela il vit bien la mine de Vic d'Azyr qui cru qu'il parlait pour lui-même et repris : "je ne hasarde point en ma faveur des demandes indiscrètes d'un ton aussi décidé. Je vous demande cette place pour M. Huzard". Et Vicq D'Azyr convint que cet habile vétérinaire serait pour la société d'une grande utilité.
L'article de l'Encyclopédie de Diderot qui a fait le plus d'honneur à Jean GOULIN est celui intitulé : "Anciens Médecins" qui a été imprimé en 1791. Ce travail qui consistait à présenter les principaux médecins suivant le temps où ils avaient brillé, lui coûta beaucoup de peine. "Vingt fois" dit-il "je fus prêt à renoncer à ce pénible ouvrage". Mais il le finit le 30 juin 1790 après six mois de travail assidu.
Le 17 thermidor an I (4 août 1793) une carte de sûreté a été établie à son nom (Cote: 152324 - Carton: F7/4807 - No: 0032), il habitait alors 477 Rue de la Harpe; il était anciennement domicilié rue des petites écuries.
En pluviôse de l'an III (janvier 1793), Jean GOULIN apprit qu'au comité d'Instruction Publique on l'avait proposé pour être porté sur le régime des gratifications comme homme de lettres et que le comité paraissait favorablement disposé à son égard. Un de ses membres l'assura même lorsqu'il se présenta au comité avec un mémoire à ce sujet qu'il était de ceux qui avaient mérité, par son travail, les regards de la Convention et que son mémoire aurait son effet. Le malheur qui a souvent poursuivi Jean GOULIN, fit que cet effet n’eut pas lieu ce qui lui ôta encore une ressource sur laquelle il estimait devoir compter.
Dans la même année, il postula pour une place d'employé dans un dépôt littéraire National (il était âgé de 68 ans !). Il était pour ainsi dire sans ressource disait-il : "Il faudra dire bientôt que je meure de faim. Je saurais mourir mais il est certain que je ne pourrais payer les quatre francs qu'on me demande pour me garder". Mais cette fois il obtint ce qu'il demandait et entra au dépôt de la rue Sainte Antoine à Paris. Il y fut très gracieusement accueilli par le citoyen Ameilhon, qui avait alors la garde de ce lieu.
Personne n'était plus assidu au travail que Jean GOULIN. En vingt jours il a fait sur des fiches plus de 1 500 inscriptions d'ouvrages grecs et latins. Pierre SUE son biographe dit de lui : "je l'ai vu, lorsque je faisais des recherches dans ce dépôt, ne pas quitter un moment l'ouvrage et occupé constamment à remplir ses devoirs".
Cette même année, une espèce de fortune (suivant sa propre expression) survint car il fut nommé, le 2 Messidor an III (20 juin 1795), professeur d'Histoire de la Médecine à la faculté de Paris. Rappelons que, par le passé, il avait essuyé un refus pour le poste de responsable de la bibliothèque de cette même école du fait de son grand âge.
"Il y a" écrit Jean GOULIN, quand il reçut cette nouvelle : "certaines choses que j'ignore relativement à cette place, mais ce que ne j'ignore pas, c'est qu'il faut la remplir avec honneur, avec exactitude et avec zèle. ... Je dois donc dés ce moment rassembler toutes mes idées, tout ce que j'ai de forces encore existantes pour répondre à la confiance qu'on a en moi. Ce qui me rassure, c'est que je vais parcourir une carrière dont je me suis frayé à moi-même le chemin".
A partir de 1794, il y eut de nouveaux arrangements concernant la parution de l'Encyclopédie médicale, Jean GOULIN est devenu éditeur des volumes impairs et le professeur MAHON (spécialiste de la médecine légale) des volumes pairs.
Jean GOULIN commença son premier cours à la faculté de Médecine de Paris le 4 Messidor de l'an IV (22 juin 1796).
Il exerçait avec beaucoup d'exactitude et de désintéressement. Ainsi, un jour, s'étant trompé sur l'heure et n'ayant plus trouvé d'élèves lorsqu'il arriva, il était au désespoir et le citoyen Thouret qu'il rencontra et à qui il fit part de son chagrin, ne put le consoler et Jean GOULIN répétait : "ma faute est d'autant plus grave, qu'elle est irréparable...".
Il ne réalisa que trois sessions annuelles à la faculté de Médecine de Paris, car, alors qu'il se disposait à commencer son quatrième cours (après l'avoir revu et enrichi comme à son habitude) la mort le surpris le 11 floréal an VII (30 avril 1799) à l'âge de 71 ans, après une maladie soporeuse (probablement un AVC) qui avait duré 5 jours.
Jean GOULIN, après sa mort, fut loué comme un des bienfaiteurs de la bibliothèque Nationale car il y avait déposé une vingtaine d'ouvrages rares qui ne s'y trouvaient pas.
Dans toute sa vie il s'en est toujours tenu à une grande rigueur morale. Ainsi lorsqu'il était journaliste littéraire, quelque fût l'avantage qu'on lui proposa, tout manuscrit qui portait la livrée du charlatanisme était renvoyé à l'auteur à qui il faisait dire qu'une semblable ressource pour gagner de l'argent avilissait celui qui s'en servait. De même, dans les journaux auxquels il a travaillé, n'a-t-il jamais voulu faire la moindre annonce qui put laisser croire qu'il était payé pour prôner un remède qu'on voulait accréditer.
Soit dans sa mise extérieure, soit dans ses manières et son langage, Jean GOULIN était très simple et très uni. Par ailleurs, son esprit était tellement rempli de ses préoccupations littéraires qu'il se livrait moins qu'un autre aux distractions ordinaires de la vie.
Par ailleurs, le désordre qui régnait dans la chambre qu'il occupait habituellement, le mélange d'objets tout à fait disparates qu'on y trouvait, annonçaient qu'il n'y avait d'ordre que dans ses idées et dans ses livres.
Lorsqu'il cherchait l'interprétation d'un passage grec ou latin et qu'il était longtemps sans en trouver une qui lui convint, il se mettait au lit, fût-ce en plein midi, et là, dans un calme parfait, tout entier à la méditation, il passait un, deux ou trois jours, excepté le temps des repas et du sommeil, dans un travail continuel jusqu'à ce qu'une interprétation convenable s'offrit à sa pensée.
Il fût membre des anciennes académies de La Rochelle, Angers, Nîmes, Lyon, Caen, Toulouse, Villefranche et Châlons-sur-Marne ; de la Société patriotique de Hesse-Hombourg dont il fût à Paris secrétaire général et de celle des Antiquités de Cassel (Kassel). La société médicale d'émulation l'a aussi admis dans son sein le 5 fructidor de l'an VI, peu de temps avant sa mort.
La révolution trouva en Jean GOULIN un partisan d'autant plus chaud qu'il la désirait depuis longtemps et qu'il l'avait presque prédite. Car à la tête du premier d'un de ces premiers volumes (édité en 1783) on lit (écrit de sa main) : Jean GOULIN né à Reims le 10 janvier 1728, républicain depuis plus de trente-cinq ans".
Ses défauts tenaient à l'âpreté de son caractère. On le trouvait aigre dans la dispute, prompt à l'attaque, dur à la réplique, ardent à contredire, tranchant dans la discussion et obstiné dans l'assertion. Si on remonte à la source de ses défauts, on verra qu'ils partaient d'un bon principe : il s'indignait de l'injustice des hommes jusque dans la distribution de la renommée et des récompenses. Il s'indignait aussi lorsqu'il voyait le nouvel initié parvenir à la place due au savant laborieux ou quand il voyait les "brigues" l'emporter sur le vrai mérite.
Quoiqu'il vécût habituellement plutôt dans la détresse que dans l'aisance, il paraissait toujours content. "Je ne possède" disait-il "ni terre, ni pré, ni maisons, ce dénuement ne me rend point malheureux parce que je n'ai jamais soupiré après les richesses."
Bon, humain, plein de probité et de sésintéressement, il fut et demeura constamment jusqu'à sa mort l'ami de plusieurs gens de lettres qui rendaient justice à ses grandes connaissances littéraires et dont la plupart, plaignant sa destinée malheureuse, cherchaient, par toutes sortes de moyens, à l'adoucir.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que le journal de sa vie est plein de petites minuties et est mélangé de vers grecs ou latins analogues au trait qu'il rapporte ou au sujet dont il parle.
Les derniers jours de Jean GOULIN furent celles de l'homme paisible, vivant dans la retraite, presque sans communication avec les hommes qu'il croyait toujours prêts à le tromper.
Tels sont, les quelques traits de la vie très riche de Jean GOULIN, dont j'ai puisé les détails épars dans cinq à six gros volumes où il marquait jour par jour et presque heure par heure tout ce qu'il disait, faisait ou écrivait, tout ce qui lui arrivait en bien ou en mal, tout ce qui se passait sous ses yeux, pendant le cours de la journée et même pendant la nuit lorsqu'il ne dormait pas ...
Sources : Sue, Pierre. : Mémoire historique, littéraire et critique sur la vie et les outrages de Jean Goulin. Paris: Blanchon, 1800 (cet ouvrage est consultable à la bibliothèque historique de l’École de médecine de Paris.)
PS. On ne sait pas où est conservé le journal rédigé tout au long de sa vie par Jean GOULIN, tout ce que l'on sait , c'est qu'il a été consulté par Pierre SUE, auteur de sa biographie.