Invocation.

Tout d’abord, il faut commencer par choisir une vibration. Un rythme. Une onde. Oui, une onde sonore, pour que ça sonne juste. Que le rythme tressaille en traversant la matière. Une fois cela acquis, une fois cela ancré, ce qu’il te faut, c’est un thème. Une direction, une voie, une aventure. Alors, quel sera le sombre chemin de tes lettres? Celle qui ajoute? Ou celle qui soustrait? Se pourrait-il qu’il y ait une voie du milieu, une équation équilibrée?

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Eh bien vois-tu, je pense que ceci est fondamentalement faux. Tout aussi faux que de dire : je pense donc je suis. Quelle erreur. Quelle misérable erreur d’en être arrivé à se définir à si peu de choses. Car une chose est certaine : nous ignorons ce que nous ne savons pas. Pourrions-nous, alors, savoir ou deviner ce que nous ignorions?

Accepte déjà cette idée. Pars en exploration dans les lignes vierges, dans les pages blanches. Et laisse toi couler comme cette encre que tu invoques des tréfonds de tes tourments, des sommets de tes rêves. Celle qui, par sa lame, t’éveillera le regard sur tes mondes imaginaires, existants d’une réalité absolue, au-delà des royaumes. Remplis de personnes pas tout à fait ici, mais tout à fait là-bas.

Alors, par la force de l’encre, j’invoque tous ces êtres à me parcourir. À traverser la blancheur aveugle de ma page pour qu’ils puissent y laisser un message. Un message qui, mine de rien, n’est pas grave. Tant que cela est important, ce n’est pas grave.

Alors vogue comme tu ne l’as jamais fait. Virevolte comme s’il te fallait un exutoire à ta frustration de destruction. Car il est facile de tomber. Facile de se relever, de faire un pas. Mais le suivant est toujours le plus difficile. Difficile de ne pas s’arrêter, de ne pas s’accroupir et de croupir dans les méandres que l’on a maudits, que l’on a bannis. C’est malheureusement le chemin le plus facile à arpenter, me semble-t-il. Et à notre propre désarroi, il n’est pas celui que l’on désire.

Oui, je n’ai pas encore franchi cette étape. Cette étape la plus importante qu’un humain puisse franchir : trouver l’aventure méritante plus facile à arpenter que celle de nos démons. Alors exorcise toi de ta langueur, en espérant y voir un jour un signe langoureux.

Car finalement, voici sûrement le but. Le firmament de mon aventure. Mais aussi de la tienne, de la nôtre à tous : éclore dans nos propres yeux. Accepter le partage que nous puissions offrir nous-mêmes. Accepter ainsi qu’il se pourrait, un jour, que l’on nous le retourne.

Cette fois-ci, nous ne dirons pas je t’aime. Cette fois-ci, je dirai que peut-être bien : je m’aime.

Alors, avec incandescence, j’en appellerai à ceux qui peuvent voir. À ceux qui peuvent ressentir, au travers de simples lettres, mes efforts de vaincre mes travers puérilement humains. Enfin regarder quelqu’un dans les yeux, y voir son âme, mais aussi et surtout laisser s’exprimer la mienne.

Cramoisi

Voici ce lieu oublié. Voici ce lieu loin de toute raison. Voici ce lieu dégoulinant de vicaires. Seules les cathédrales surplombent les flammes. Seules les flammes illuminent les âmes damnées. Seuls les vers ont la vie heureuse, grouillant sur l’infamie des péchés, grouillant sur la honte des mensonges, se délectant de leurs sucreries préférées : des larmes salées à point. Oh! On ne pourrait croire à un tel éventail gastronomique : larmes de rage, larmes de désespoir, larmes de fierté. Voici que les cuvées s’enchaînent et les enfers se déchaînent. Les zombies rôdent par milliers, là où plus rien n’est vrai. Mais les sourires fantomatiques hantent chaque esprit, comme ces jérémiades d’enfants avortés, comme vos espoirs. La honte n’est qu’une peureuse là où domine la malice. Mais le bal continue sous les hurlements d’une simple ritournelle. Les entrailles des vivants s’enracinent au fond des graines malsaines que l’humain arrose. Mais finalement, il n’y a pas meilleur paradis : hémoglobine à s’en faire péter le foie, larmes à brûler vives toutes plaies, une rage impétueuse restant sagement assise, attendant l’heure de la moisson. Elle a toute son éternité pour se rassasier. Mais nul ne connaît la satiété lorsque les rognures d’ongles sont réquisitionnées. Un parfait mélange d’arômes puérils en putréfaction. Mais attention : aucune dose de mélancolie, cela ternirait le goût des moisissures. Le punch est prêt à être pactisé. Alors, mes très chers frères, buvons à la santé de l’insalubrité! Chaque recoin est illuminé d’ombres, où de fallacieuses idées germent entre les plaintes des cellules des plaintifs. Les grincements que produit l’intérieur des hanches feraient craquer n’importe quel esprit. À ceci près que les hanches, elles, ne cèdent jamais. Une joie toujours renouvelée, comme un Alzheimer omniprésent. Un Parkinson suractif. Un savant mélange de vieillesse et d’enfance innocente, lubrifiant leurs regrets sur les pointes qui s’apprêtent à les empaler. Ici, point de place au temps, point de place au repos, point de place à la sérénité. Mais, par contre, levée de rideau sur l’allégorie dramatique! Cordes tendues. Coups rompus. Rideaux aux couleurs de rectums bien trop détendus. Les trois coups résonnent. La réalité te raisonne. Derrière les rideaux, la vie foisonne. Les rires s’élèvent. L’insouciance prend le dessus. Les sourires ne sont plus ceux de l’innocence. L’heure est à l’errance, celle de créer l’enfance...

WTF

Il est difficile d’écrire dans ces conditions. Ces conditions que tous ceux ayant déjà écrit connaissent. Ce moment où une multitude de sentiments t’envahissent. Où une multitude de pensées te submerge. Et une fois les trois premières lignes écrites, plus rien ne passe. Plus rien ne trépasse. Comme si tous les sentiments et émotions restaient refoulés à l’embouchure de ta gorge.

Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire? Le résultat est que tu n’en sais rien. Voulant fumer un spliff pour trouver plus d’inspiration. Mais la dèche, c’est ça. Te recroquevillant sur l’alcool, tu t’assujettis.

Il n’y a rien de pire qu’un miroir quand tu sens que tu as gâché ta vie. Enfin, le début de ta vie, car selon les normes, tu es encore jeune. Mais bon, à 27 ans, au Moyen Âge, j’aurais déjà un pied dans la tombe… Mais cela n’empêche que, même à 21 ans, j’aurais bien fait plus de choses que ma réincarnation médiévale.

Encore faut-il que je croie à ces putains de réincarnations. Personnellement, vous, comment les prendriez-vous? Le fait que vous viviez une vie, plus ou moins bien, plus ou moins remplie, plus ou moins heureuse. Vous mourez. Vous devez recommencer avec un « semblant » de souvenir pour ne pas répéter le karma?

Si cela ne ressemble pas à une prison, à quoi cela ressemble-t-il? Un soi-disant divin qui vous contraint à tout recommencer! Encore et encore, jusqu’à ce que vous ayez une révélation mystique quasi impossible dans notre société?

Ah, oui, voilà comment je me sens. Un abandonné de la vie. Broyé dans les rouages d’un système qu’il est obligé de suivre, car il n’a pas le goût de l’effort. Car il n’a pas envie d’affronter la mort masquée sous différents masques.

Je suis juste une de ces personnes entièrement hypocrites. Voulant le meilleur rendu pour le plus bas prix. Cela va sans dire, vous savez tous ce qui m’a éduqué de cette façon : le schéma contradictoire de notre société actuelle.

Ah mais non, voyez-vous, je ne veux pas refaire le monde. Le monde, je m’en fiche. Oh, optimistes et pessimistes, passez votre chemin. Moi, je contemple. Je contemple la dépravation ; réfugié sous sa couette d’hypocrisie, car voilà ma plus belle honte. Je crache sur un monde auquel je n’adhère pas. Mais je fais tout pour ne pas le changer.

Car dans le fond, j’aspire à la fin de l’humanité. Mais quelque part, ceci n’est encore qu’une utopie parmi tant d’autres. Car ce n’est pas de mon vivant que je verrai un merveilleux monde. Encore moins un monde sans humains.

Et voici qu’à 27 ans, la réalité me rattrape… et tes enfants? Ah, voilà une bonne question! Est-ce que je désire des enfants? Du plus profond de mon être, en tant qu’être humain, bien sûr que oui.

Au-delà de la reproduction de mon patrimoine génétique? Ce que je veux, c’est léguer un patrimoine psychique. Mais le mien est-il bien sain? Non, franchement, pas le moins du monde.

Mais en peuplant le monde de petites personnes avec un certain sens du respect, un credo dans lequel le besoin d’abaisser autrui n’existe pas.