Soleil noir.
Tu disparais dans le reflet de mon miroir. Mais je t’aperçois dans le reflet de mon regard. Il y a du pur, du brut. Il y a du succinct, du malsain. D’la frayeur et des lueurs. Car il pourrait s’y trouver d’la grandeur. Faut dire qu’avec tous ces débris de déboires, la montagne surplombe des champs abyssaux.
Première idée. Premier changement. Changement d’optique, d’point d’vue, d’sentiments. Du reflet donné à soi-même. Par les reflets des étoiles dans l’eau. Peut-être en train de se noyer? Qui sait? Un monde comme un autre... Parmi tant d’autres. L’imagination est loin, là où la vie existe. Ou disparaît. Mais seule. Et bien limitée. Voir d’autres frontières que sa propre imagination. Essayer de créer quelque chose de vrai. Dans l’imagination des gens. L’imaginaire est-il réel? Serait-ce un chemin de la foi? De rendre son imagination réelle. Belle et sincère? Ou le début de la folie? À passer de rien à rien, ou de tout à rien? Finalement, nous n’avons rien à perdre ou rien à gagner? En essayant?
La folie est-elle plus meurtrière dans l’ordre? Ou dans le chaos? Il est grand temps d’enfin engloutir les deux.
T’es chez toi posé peinard. Quand l’voisin s’en va. Non, il n’toc pas. Non, il dit pas bonjour. Il file dehors. Enfile sa capuche et va chercher son paquet d’tabac. Finalement, tout c’qu’il fait, c’est rentrer chez soi.
Et si je plaçais un je? Ouais, t’sais, le genre de je qui ferait qu’je parlerais enfin de moi? Quel effet ça ferait si j’parlais d’moi? À qui? À qui l’comprendrait. À celui qui serait branché comme moi. Et non, finalement pas besoin d’aide. Va t’faire enculer le psy psychorigide. J’me débrouille. Comme d’hab. En fait, je me réveille plus précisément! Vous m’avez fait perdre confiance en moi! Qui? J’en sais rien, mais sûrement pas mal de formatage! Combien sommes-nous donc dans ce cas? Hein?? Pourquoi tu fais rien? J’t’agresse pas, gros. Juste que nous sommes des pleureuses. Des putains d’pisseuses autosuffisantes. Ou alors c’est juste que je me vois moi comme ça? Et que les autres pas forcément? C’est vrai, j’ai tort. Y’en a plein qui s’plaisent dans c’bourbier en vrai. Certains ont leur belle tite bulle. Dedans, comme la mienne, j’sais pas si c’est si clean que ça! D’autres par contre font pas d’bulle. Juste des pets. On parlera pas plus longtemps de ces bâtards. Maintenant, ceux qui nous intéressent. Ceux qui sont vraiment bien. Ceux qui vont au bout de ce qu’ils entreprennent. Ceux qui connaissent les rêves qu’ils désirent. Ben dans le fond, c’est pas si mal. J’ai enfin amorcé le changement. Le putain de changement de taf. Mais je n’en ai guère d’espoirs. Toujours la peur que rien d’autre en ce monde n’allume mon cœur. Je recherche une passion à vivre. Un travail sain d’esprit, sans arrogance ni doléances. Et après, y’a le travail de changer le monde. Blague. Mais bon, maintenant je me change moi-même. Et finalement bien tranquillement, car je n’ai jamais été pressé. Je n’ai jamais été stressé. Sauf quand je me suis oublié. Les braises ont été ravivées. Il va falloir bouffer d’la bûche pour tout cramer.
Avec toute mon arrogance, mon seul remerciement sera à la weed. Madame qui me fait décompresser. Madame qui m’épaule et m’aide à voir en ce moment. En fait, de la Toussaint, un mort des plus oubliés a repris contact : mon pauvre moi-même. Merci à la weed d’avoir éclairci mes pensées. Je ne peux même pas parler de pensées en réalité. Ce ne sont pas des émotions non plus. Des sensations. Je ne vis finalement pas au rythme de mes pensées et émotions, mais des sensations que mon corps perçoit. Je ne sais l’expliquer. Ce sont des sortes d’émotions, plus subtiles, beaucoup moins loquaces. Hahahaha, non, suis-je bête. J’avais tout bonnement oublié ce qu’était cette sensation. C’est de l’amour. De l’amour pour absolument rien, pour absolument tout. Cet amour-là, je ne le comprends pas. Il n’y a que lorsque j’écoute de la musique qu’il émane. Cette chose que tu ressens au centre du thorax. Totalement ouvert et qui absorbe la moindre goutte de musique.
Mais après, il y a cette sensation. Logée au fond du crâne. Qui s’élève au-dessus de ton corps. Qui te met toujours le doute sur chaque interprétation. Est-ce le bon ou le mauvais juge? L’un est un bourreau, l’autre de bon conseil. Il m’a évité bien des déboires. Mais m’en a fait boire que trop de pintes. J’ai de la tristesse pour moi-même. Avec la nature je m’accole. Avec la musique je fusionne. Mais avec aucun être humain, je communique. Du coup... je blague.
Aurions-nous tous besoin d’une drogue? Cette chose, socialement, qui se définit par quelque chose qui nous détruit physiquement et physiologiquement? Car j’ai l’impression d’avoir trouvé la mienne. Non pas l’PC, ça c’est mon addiction. Mais ma drogue. Oui, celle qui me guide et qui ne me rend pas malade. Celle qui ne me fait pas psychoter. Celle qui fait qu’au moins quelqu’un m’écoute. Moi. Vous savez, une chose qui vous fait avancer dans la vie? Ben vous savez quoi, je préfère largement ça aux anxiolytiques! Vous savez quoi? J’n’ai même plus mal au dos!
Lorsque tu t’sens sale. Si tu prends juste une douche. Ça va mieux, non?
Lorsque tu t’sens propre. Et que tu prends la même douche. Est-ce que tu t’sens imberbe?
Brise-toi.
Où est l'amour qu’il avait découvert? Où est cet espoir, cette joie qui le caractérisaient tant? Où est passé ce bout de mec qui s’appréciait, qui s’assumait? Je ne me reconnais véritablement plus. Me suis-je fait transcender au point que je n’aie plus d’autre choix que de haïr… ou, au mieux, de rester indifférent? Pourquoi cette voie, qui était si belle, m’a-t-elle laissé tant de ravages? Pourquoi mon esprit d’enfant s’est-il fait violer avec une telle violence par la réalisation d’un mode de vie aussi malsain? Pourquoi, simplement, je ne sais plus qui je suis?
Pourquoi, lorsque mes masques fanent, s’en séparer fait-il autant de vide? Je m’identifie à mes propres rôles. Mais qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est faux? Qu’est-ce que j’aime réellement? Une fois encore, je perds ce qui me semblait être moi. La lassitude m’empare, comme d’habitude. Les hauts, les bas… je ne peux plus appeler ça comme ça. Ce serait plutôt une sorte de vie et de mort, à l’intérieur d’une vie non vécue.
Dans tout cela, il n’y a aucun échappatoire. Je suis enfermé dans mes propres erreurs, mes propres cercles. Comment voulez-vous que je sois d’accord avec ces propos, ceux qui affirment que l’amour vient d’abord de soi? Que la compréhension de ce qui t’entoure vient d’abord de la compréhension de soi-même? Lorsque je mûris et que je tombe de l’arbre, je me rends compte que tout ce que je connaissais de moi… n’était qu’un masque de plus. Une histoire vécue. Au même titre que des vies antérieures.
Mais le problème, c’est que dans le fond elles sont toutes identiques. Il n’y a que la forme qui change, la forme du masque. Le fond, lui, ne sait pas de quoi il est fait. Il ne sait pas à quoi il pourrait ressembler. Ce qu’il pourrait accomplir. Il est tellement terrifié par ce qui l’entoure qu’il n’ose plus sortir au grand jour. Il n’ose plus se confier à qui que ce soit. Il n’ose plus rien faire, à part jouer avec des marionnettes qui font sa vie pour lui. Mais cela ne le nourrit pas. Il s’affame à force de se terrer dans sa peur.
Alors… voilà donc où j’en suis? Une terreur immense face à ma propre démence. L’heure se rapproche, où je devrai accepter l’idée qu’il me faut de l’aide. Que finalement, je ne peux pas tout accomplir moi-même. Que je ne peux aller là où je le veux par mes propres moyens. Encore faut-il le savoir… Que je vais devoir ravaler ma fierté, mon obstination de vouloir tout faire seul. Devoir accepter de m’ouvrir aux autres.
Et pourtant… qu’ai-je donc à cacher? De quoi ai-je si peur de faire partager? Une sensibilité tellement fragile qu’un rien peut l’anéantir. Et dans ce monde, elle s’est faite abattre sur un peloton d’exécution. L’ironie, là-dedans, c’est qu’en s’enfermant elle se suicide à petit feu. Alors qu’elle ne demande qu’un peu de réconfort, pour pouvoir s’offrir librement à celles et ceux qu’elle aime. Elle veut juste avouer qu’elle aime, et non pas qu’elle exècre. Elle veut avouer qu’elle pleure, et non pas qu’elle s’en fiche. Elle veut juste être libre, dans les bras de toutes les âmes sensibles.
Mais je l’ai finalement moi-même cloisonnée. Avec mépris. Avec rancœur. Alors que moi-même, je ne veux pas la garder pour moi. J’aimerais tant pouvoir l’offrir de gaieté de cœur. Mais la gaieté m’a quitté. La grisaille demeure… là où le cœur meurt.
Il va falloir oser s’ouvrir. Il va falloir oser dire. Il va falloir enfin détruire cette carapace qui tue mon âme.
Wake up.
Kaze
Cela faisait longtemps. Aussi longtemps qu’une falaise érodée par les vents. S’amusant à effiler les nuages sur les massives montagnes. Se brisant, se fracassant, mais continuant épars à travers le monde. Il ne va nulle part. Il erre, remplissant l’air d’autres horizons. Loin d’être beau. Loin d’être moche. Il ne s’accoutume pas aux racines et traditions. Versatile, à te glacer les os. À te rafraîchir les jours de cagnard. Il emporte avec lui la fumée de tes pétards, faisant dériver tes pensées dans de doux songes aux parfums de nectars.
D’une certaine fierté, il consolide les troncs des frêles arbres remplis de fougue. D’une certaine lassitude, il brise les branches aigries des vieux centenaires ridés par le temps. Nous faisant trouver le temps lourd en été. Il apporte son lot d’agitation par ses éclairs défiant de la plus grande à la plus petite créature sur terre. Mais portant en ses ailes d’immenses plumes parcourant le monde pour poursuivre leurs routes.
Il tourne autour d’un globe tournant sur lui-même, faisant rappeler qu’il y aura toujours d’autres mouvements imperceptibles dans les douces brises. Du calme dans les plus grands typhons. Malin et sournois, le vent chante. Prend plaisir à accompagner l’orchestre de feuilles et d’oiseaux. Mais imposant le silence précédent l’orage. Donnant des ailes aux rêveurs, en en laissant tomber de bien nombreux au milieu des mers.
À ces oiseaux d’acier le défiant, il en a de la méfiance. Laissant des cicatrices qu’il peine à éventer. Parmi les grands quatre, il est le neutre. Parmi les grands quatre, il est celui que l’on ne voit pas. Parmi les grands quatre, il est celui que nous sentons à chaque instant de notre vie. Parmi les grands quatre, sûrement celui que nous ignorons le plus.
Allant, venant. Chargé de différents composants. Il est celui qui change le plus vite. Se transforme le plus vite. Il n’est que le messager entre les espèces, nous apportant ce qu’on lui donne aussi rapidement qu’il puisse se lever. Infaillible, il trouvera toujours une entrée. S’élançant sur les courants d’eau, il déferle en courant d’air. Façonnant à sa manière, le plus subtile des grands quatre, le monde qu’il parcourt tel un souffle sur la nuque. Tout aussi doux que glacial peut-il être.