Mes petites œillères.

Ce nerf qui te ronge le long de ta colonne. Qui clôt tes chers yeux sur un monde dénudé de beauté. L’esprit grégaire flirtant avec les nuages, bien grisonnant sur les fils des cygnes s’envolant devant l’orage. Comment comprendre toute méchanceté dénuée de passion, alors que l’amour suit les signes avant-coureurs d’heures illusoires, s’effritant par une simple érosion. Fluide comme ces eaux au fond de ton lit, cette rivière menant à ta propre fin. Ne comprends-tu donc pas? Que la cascade jamais ne se tarira. Comme un flot de pensées gigantesque, comme l’appétit pour cette chère pomme, au savoir d’un arbre. Les racines ancrées, telles des serpents injectant leur venin dans leur proie. Sais-tu seulement que tu deviendras ce que tu manges? Par-delà l’indigestion des pantoufles. Entends-tu le roupillement de cette belle gazelle? Qui ne se demande pas où aller. Elle sent simplement l’herbe verte du voisin. Viens, il fait bon vivre là-bas. Et finalement, le mouvement cyclique fait que nous nous retrouvons de nouveau. Tel un voyage passé. Tels des sens à contre-courant, jouant sur les senteurs des sens fleuris de nos jeunes amourettes. Mais les cygnes se sont envolés. L’orage est passé. Et finalement la grisaille pesante demeure. Là où nous sommes en sécurité. Ici, avec ce bon vieux vin seyant, te salissant ton sol meurtri, dénué de fondement. À cet endroit précis où se trouve la fracture de ton esprit. Le fluide, s’infiltrant dans chacun de ses méandres, se met à jouer de ces mets gourmets, tellement oubliés, finalement, au fil des années. Que les signes, tu ne les vois même plus. Tels un désastre avant-coureur d’un passé qui n’est pas encore arrivé. Cependant, nous y sommes allés. Nous y avons brouté toute l’herbe du voisin. Et maintenant, la roche nous fait signe de prendre notre retraite. Là, au fond de cette grotte. Par-delà, trouverons nous peut-être cette sortie par laquelle nous sommes entrés. Mais de quelle conscience parlons-nous donc? Déchirés par celle qui est, celle qui peut être et celle qui ne peut pas être. Infiltrons nous donc dans cette béance. Voyons ce qu’il en est.

L'ombre de la crétinerie.

Hum, oui, je me flagelle de ma propre personne. Tellement égocentrique que j’aimerais que chaque être humain sur cette terre soit irrémédiablement anéanti. Que je sois le dernier homme sur terre, accompagné de la dernière femme. Juste pour avoir le plaisir de pouvoir l’égorger de mes propres mains. Ah, que de jouissance funeste, le cynisme est bien loin derrière. « Suis la voie du bonheur », me répète-t-on inlassablement. Oh oui, je suis bien d’accord, mais le bonheur porte bien des facettes. Aussi étrange que cela puisse paraître, je me délecte du malsain tout en jouissant des choses bienveillantes. La vie nous fourre tant de choses à travers nos personnes. Alors que ma grande personne, qui aime tant en foutre plein la gueule. Je ris de bonté et de cynisme, de la folie qui nous considère tous comme égaux.

Car, oh non, jamais n’allez contredire tous ces putains d’hippies prônant l’amour, mais qui ne vivraient pas si libres si l’avortement n’existait pas. À tous ces putains de cathos qui prêchent le corps du Christ en partage alors qu’ils mendient pire que les délaissés pour pouvoir bâtir leurs simagrées. Huuuum douce terre, et nous, aigres humains, ne voyez-vous pas qu’il se peut que Dieu ne nous aime pas? Lui qui est censé n’être que pure création, notre imagination ne serait-elle pas alors tout bonnement Dieu? Mais alors, Dieu viendrait-il de notre imagination ou notre imagination viendrait-elle de lui? Dieu est donc l’œuf de la poule qui voit le jour depuis l’essence de lui-même.

Mais nous avons la liberté d’avoir une imagination, certes créatrice et constructive. Mais quel bonheur de pouvoir s’imaginer détruire des civilisations entières. Des univers et des existences entières. Pourquoi? Dans quel but donc détruire tout ce qui est? Virer le bon Dieu de notre imagination propre. Savourer le vice, car il est source de la globalité de notre civilisation et de notre espèce. Enfants non désirés d’un équilibre qui a failli. J’aime à penser que je ne m’attache finalement pas tellement aux gens. Mais je suis finalement comme tout le monde… Aux enterrements, je pleure. Et je rigole à l’évocation de joyeux souvenirs. Et justement ces souvenirs-là, qui me font rire… Sont-ils si vertueux qu’ils m’autorisent à en rire devant la mort?

Hum oui, bien sûr, car voilà bien la seule égalité de notre joyeuse espèce. La mort. Et notre pouvoir à la distribuer à qui bon nous semble. Ah, je commence finalement à aimer ce monde tel qu’il est. Si virulent et tellement adaptatif. Si je croise une personne en fauteuil roulant, je ne pourrais m’empêcher de penser qu’il est en retard par rapport aux autres chars du carnaval. Oui, j’ai mis la compassion de côté pour élever mon humour de mauvais goût. Voici ma porte de sortie, mon issue de secours : l’humour en tout genre. Tellement de mauvais goût qu’il fait passer mes hémorroïdes pour un repas de réveillon au soufflé aux truffes.

Les liens ne m’attirent guère, mais je suis heureux de partager des moments. Une facilité accablante à couper les liens, surtout quand les autres les ont déjà reniés. Je ne suis point tenace vis-à-vis des attentes de mon entourage, car mon esprit est loin d’être libre. Il est prisonnier de mon ego. Mais en contrepartie, libre de vos attentes. Quelle cruelle dualité d’être libre des autres et emprisonné dans son propre corps. Mais je préfère être mon propre esclave. Oui, je suis autosuffisant. Mais bon, je ne me branle pas encore à ma propre pensée. Est-ce un signe d’espoir de pouvoir avoir une rédemption de mon âme?

Hahahaha, mais ne vois-tu pas que mon âme n’a nul besoin de rédemption? Que ce soit l’enfer ou le paradis, je les vis simultanément. Sur le chemin de ma brève existence, je n’ai fait que passer d’un extrême à l’autre. Enfin, j’ai réussi l’un de mes objectifs : vivre dans les deux extrêmes en même temps. Et c’est merveilleux, car je m’extasie devant les merveilles de mère nature. Et je voue la plus sincère des haines envers le Fils du père Soleil : l’espèce humaine. Et pourtant j’aime bien plus le soleil que notre terre. Si je pouvais me réincarner, ce serait bien en arbre. Mais l’arbre n’irait pas bien haut sans ce soleil resplendissant et ayant lui aussi ses taches d’ombre à sa surface.

Oui, le soleil est bien notre seul créateur à notre si petite échelle. Car de l’échelle nous en sommes bien à la base. Tant limités par nos cerveaux reptiliens que nous ne pourrons point évoluer. Pris dans le piège de la chair comme nous nous sommes pris dans le piège du parler. Car les mots sont aussi explicatifs de nos âmes qu’une pierre rugueuse ferait pâle figure devant une opale iridescente de mille et une couleurs. Et nous nous plaignons, nous nous plaignons encore et encore. Jusqu’à ce que la mort nous emporte et que la fin soit. Car ne nous voilons pas la face, nous n’irons pas plus loin que nos propres dates de péremption.

Alors que veux-je donc laisser de ma vie? À mes éventuels enfants qui ne verront sans doute jamais le jour... Je ne veux rien laisser et pourtant ma marque sera dans le silence. Car dans le silence tout se trouve. Tout le potentiel de notre imagination peut se développer et créer ce que bon nous semble. Ouiiii égo trip, égo trip, je te sens!!!! Je suis affreusement abstrait pour une personne qui hait tant l’art contemporain. Mais tous ces chiens ne font que lécher le clitoris de la Marianne imprimée sur nos timbres, aussi timbrés soient-ils. Anciennement nos pièces et là encore nous l’avons bafouée avec un arbre. Cela serait beau si celui-ci était réellement l’arbre de vie. Mais non. Voyez donc au bout de ces feuilles le signe avant-coureur de la fin de notre monde.

Car à chaque automne, les feuilles tombent. Et ne subsistent que ce qui hiberne et les charognards. Ah, j’oubliais, les humains ne sont-ils donc pas des charognards à priver ces sans-sous pour manger grassement et jeter les restes qu’ils insinuent être des miettes? Mais rappelons-nous que le moindre grain peut bloquer l’engrenage. Oui, un grain bien dur comme le diamant certes. Mais un grain bien gras comme nous, occidentaux, contribuons seulement à graisser le mécanisme que nous dénonçons tous.

Mais vous savez quoi? Je jouis de pouvoir leur graisser la patte. De leur donner des sous et encore des sous. Cela ne fera qu’accélérer notre perte. Misanthrope sur le bord? Ouais, ouais, j’avoue... Et pourtant, j’ai une vision tellement idyllique de ce que l’on pourrait être. Non, pas à poil comme tous ces putains d’hippies. Et tellement horrible pour la plupart des personnes. Mais sans limite et sans contrainte, dans le respect le plus total des autres et de tout ce qui nous entoure. Ensuite... Le respect de nous-mêmes se limite à ce que nous lui infligeons.

Et j’avoue que j’ai la bonne conscience de ne pas infliger aux autres ce que je m’inflige moi-même. Pourquoi j’aime autant me faire du mal? Car cela se résume en une suite d’épreuves que je traverse et que je surmonte. Mais que personne d’autre ne pourra franchir, car ce sont les miennes. Alors je m’amuse à foutre des brides de mes épreuves dans la gueule des autres, mais généralement ce sont des aides pour qu’ils puissent franchir les leurs. Non sans mal, car sans mal il n’y a aucun mérite. D’où le bon sens d’un bon sadique. Et en retour, ils m’en foutent de ces branlées que je les maudis tellement qu’ils en deviennent bénis.

Oui, j’aime les contradictions, mais c’est par là que passent mes échanges. Une effervescence d’échanges contradictoires qui fait que vous pouvez démontrer tout le contraire de ce que je vous dis, et je vous l’affirmerai. Et pourtant, j’arriverai quand même à agir en opposition à cela. Tout en correspondant à vos critères. Mais les miens, où sont-ils donc? Haha, enfouis sous une tonne de merdes qui sentent pourtant la rose. Je vous aime tout autant que je vous hais.

La plume.

Déchiré, exténué, fatigué. Il semble que, lorsque le bunker s’est fendu, le cœur se soit fendu de par tout ce qu’il vit. La tranquillité qui se mêle à l’angoisse. L’aisance au manque de confiance. La liberté à la possession. Le diable est-il maquillé en ange? Quant à l’ange, il n’est pas si idyllique que ça. Être au centre d’un tourbillon de ce qu’apporte le monde extérieur. Ne plus distinguer le blanc du noir. Ne plus s’exprimer, faute d’écoute, à part son propre écho.

Il y a longtemps, un ange s’est fait enfermer. Les souvenirs ne savent plus le pourquoi du comment. Mais ce qui est sûr, c’est que le jour où il a commencé à de nouveau regarder vers le monde extérieur, la première chose qui soit sortie de sa cellule fut une étincelle majestueusement éphémère. Suivie d’un raz-de-marée de sang coagulé. Sans espoir et sans amour. Sans haine ni cruauté. Une immense perfidie a corrompu sa rancune.

Il ressemblait à un mutant sortant du tréfonds des égouts. Une de ces créatures livides et aveugles. Ses crocs étaient tombés. Ses yeux asséchés. Son être ôté. Et pourtant, il commença à se mouvoir, s’apercevant qu’il était toujours en vie. Pour le meilleur et pour le pire. De toute façon, cela n’avait plus grande importance. Car lorsque la lumière du soleil lui brûla ses yeux atrophiés, un regain d’inconnu le submergea. À vouloir de nouveau s’envoler. À vouloir de nouveau partager et être un baume.

Avec l’expérience, cette fois-ci, il se canalisa. Calmement, pour accepter les horreurs. Les choix lui appartiennent désormais. Essayant de voir les armes dont il dispose, il veut se mettre à disposition. Son masque est tombé, et non, ce n’est plus le même. Dans l’abîme qui l’habite, il y a tout un univers. Qui, aux périls de ceux qui s’y jettent, ne fait du tort qu’à l’hôte. Mais il l’accepte. Il fait face. Trouve la force et ses plumes renaissent.

Il se bande les yeux, désormais aveugle. Essayant de se remémorer ses pouvoirs intérieurs. Son écoute intime, que finalement lui seul connaît parfaitement. Mais qui est désormais une parfaite inconnue. Mais il ne cède pas. Non, il ne veut pas céder à l’ignorance de sa situation. Il veut surmonter les montagnes. Mais pour cela, il doit d’abord gravir les précipices.

Dehors, alors peut-être rencontrera-t-il des formes de vie. Inconnues, peut-être? Cela serait si beau. Cela serait si merveilleux de le voir s’émerveiller de nouveau du monde qui l’entoure. Simplement, harmonieusement. Avant la vente de son âme. Prendre les armes, maintenant il le sait. Reconquérir son âme vendue. Devenir son propre voleur afin de détrousser ses propres valeurs.

L’heure n’est pas à la réflexion. L’heure est à l’action. L’heure d’être ce qu’il a toujours désiré. L’heure d’être un ange aux parures de parjure.